Quand on commença à jouer au hockey à Montréal, vers 1870, c’était un sport de gentilhomme, fort différent du hockey moderne. Les dimensions de la patinoire, les règles du jeu et l’équipement des joueurs offraient bien peu de ressemblance avec ce que nous connaissons aujourd’hui. Le gardien tenait son bâton à deux mains, comme les autres joueurs; il portait des jambières de joueur de cricket et utilisait les mêmes gants que les défenseurs, guère plus que des gants de travail avec un peu de rembourrure.

Le “bon vieux temps”

Durant plusieurs décennies, la lente évolution de l’équipement du gardien se limita à l’addition graduelle d’un peu plus de rembourrure ou de quelques couches de feutre supplémentaires pour aider à amortir les lancers, de plus en plus durs, décochés par des joueurs de plus en plus costauds et rapides. Mais ça n’était toujours que de l’équipement de joueur et si les rembourrages additionnels le rendaient plus lourd et plus encombrant, ils n’augmentaient pas vraiment son pouvoir protecteur.

Les premiers bloqueurs

Un bloqueur, jusque dans les années 20, ça n’existait pas vraiment. On ajoutait un peu de feutre ou de kapok au gant qui tenait le bâton, pour minimiser l’impact si la rondelle frappait accidentellement le gant au lieu du bâton. Mais si on avait le choix, on préférait éviter de tels contacts.


“Tiny” Thompson et son bloqueur de style “gant de jardinage”, vers 1928-29. Souple et léger, mais pour la protection ?...

C’est peut-être Roy “Shrimp” Worters qui fut le premier à utiliser délibérément le gant du coté du bâton pour bloquer des lancers. L’idée pourrait lui en être venue durant la saison 1933-34, alors qu’il joua durant quelques semaines avec un gant modifié pour accomoder le plâtre protégeant sa main fracturée.


“Shrimp” Worters, 5’2” de courage et de détermination. On apperçoit le plâtre par l’échancrure de son “bloqueur”.


Le montréalais Paul-Émile Bibeault
et son bloqueur de style “gant
de boxe” ,en 1946-47.

Mais les premiers bloqueurs, tout comme les vieilles jambières de cricket, offraient bien peu de protection et leur forme arrondie et molle éparpillait les retours de façon imprévisible; il fallait trouver autre chose.

Pour mieux protéger sa main et pour améliorer le contôle des retours,
Frank Brimsek, le légendaire "Monsieur Zéro", fit l’essai de plusieurs matériaux, y compris les goussets de cuir remplis de tiges de bambou que l'on voit sur cette photo. Un soir, durant la saison 1944-45, Brimsek se présenta au match avec un rectangle de contreplaqué de 8 pouces par 16 fixé au dos de son gant avec du ruban gommé. Il venait d’inventer le bloqueur rigide rectangulaire dont les différentes versions successives allaient dominer les cinq prochaines décennies.

“Monsieur Zéro” et son panneau de bambous, le précurseur des bloqueurs plats et rigides d’aujourd’hui.
Le “Biscuit”

L’ancêtre des bloqueurs modernes fut le Cooper GM12, que l’on surnomma le biscuit, parce qu’il contenait des épaisseurs de mousse et de plastique entre deux “tranches” de cuir, ou le biscuit, à cause de sa surface brune percée de trous qui laissait voir la mousse blanche à l’intérieur, comme ces biscuits au chocolat où l’on apperceoit le glaçage à la vanille sous la surface trouée.

Il servit de modèle à toute une génération de bloqueurs rigides, plats et rectangulaires, rembourrés de mousse et offrant légèreté, protection et aussi un excellent contrôle des retours de lancers, ce qu’aucun bloqueur n’avait permis jusqu’alors.


Ce “biscuit” Koho des années 80 poursuit encore une belle carrière de hockey-bottine dans une ruelle de Montréal.


Bernard Parent aux prises avec son bloqueur rigide.

Ses inconvénients

Mais la rigidité du bloqueur n’a pas que des avantages. Le bas du bouclier, parce qu’il dépasse le poing du gardien d’environ six pouces, agit comme un carcan et empêche le gardien de mettre son poing bien à plat sur la glace. Du coup, le paddle-down devenait beaucoup moins efficace

Ramasser un bâton échappé virait souvent au cauchemar également quand, à chaque tentative, le bout du bloqueur repoussait le bâton un peu plus loin hors de la portée du gardien, au grand amusement des spectateurs et au grand désespoir du gardien.

Encore aujourd’hui, le bloqueur rigide nuit à toute manoeuvre qui demande qu’on mette le poing à plat sur la glace, que ce soit pour conserver ou reprendre son équilibre, ou même immobiliser la rondelle près de soi.
Et de fait, malgré tous les “profils amincis”, les “géométries déportées”, les “technologies pneumatiques” et autres innovations qui sont apparues et disparues du marché des bloqueurs au cours des cinq dernières années, rien n’a vraiment changé à cet égard: il demeure toujours impossible pour le gardien de mettre simplement et confortablement son poing sur la glace.

Une image vaut combien de mots, déjà?

La rigidité obéit aux lois de la physique et personne n’y échappe. Certains en échappent même fréquemment leur bâton…
Ce qui veut dire que quand le jeu est serré et que le gardien a tout juste le temps de plaquer son bâton sur la glace, mais pas le temps de se pencher, de plier le poignet et d’éloigner son bâton vers l’avant, il est cuit! Même s’il est arrivé à temps pour faire l’arrêt, il restera un trou béant sous le bâton où la rondelle aura tout le loisir de glisser dans le filet.

Pas la peine d’insister, nous avons tous chacun nos propres histoires d’horreur à ce sujet, de ces incidents où ce qui allait être un bel arrêt s’est trouvé transformé plutôt en but “faible” à cause de l’obstruction d’un bloqueur rigide.

Le bloqueur PaddleFlex

Une idée me trottait en tête depuis déjà un certain temps: il devait être possible que le bouclier d’un bloqueur soit à la fois rigide vers l’arrière, pour pouvoir résister aux plus durs lancers, mais flexible vers l’avant, pour pouvoir pivoter quand on le pousse vers la glace.

Si on y parvenait, ça serait un avantage énorme pour le paddle-down, pour immobiliser la rondelle, ramasser son bâton, reprendre son équilibre ou pour toute autre manoeuvre qui nécéssite qu’on puisse mette le poing bien à plat sur la glace, sans résistance. La question était de savoir: comment faire? L’idée de passer un coup d’X-Acto® dans mon beau bloqueur à $300 tout neuf sans savoir comment j’allais le rassembler m’inquiétait passablement, et je remettais toujours mon projet à plus tard.

Le coup de grâce

J’ai finalement décidé de plonger suite à un match où j’avais subi non pas un, mais deux de ces buts crève-coeur dûs à la rigidité de mon bloqueur. Ce jour-là, ce qui aurait dû être une belle victoire de 3-2 était soudain devenu une amère défaite de 4-3. Ce fut le coup de grâce et, bloqueur neuf ou pas, je n’allais plus endurer pareille frustration.

De retour chez-moi, après le match, j’ai pris mon bloqueur, estimé de mon mieux l’emplacement et l’angle idéal et j’ai coupé le bloc en deux, à la hauteur des jointures. J’ai ensuite rassemblé les deux morceaux avec un bout de penture de piano, la bande élastique d’un vieux “jack” de gardien et vingt pieds de “gaffer tape” ce bon vieux ruban gris à tout faire et au bout de quelques heures, j’avais devant moi le premier prototype fonctionnel d’une nouvelle pièce d’équipement de gardien: un bloqueur articulé dont l’extrémité s’esquivait quand on le poussait vers la glace.

Au tout premier essai, au match suivant, il était bien clair pour moi que c’était là une amélioration majeure et que si on pouvait le produire commercialement, un tas d’autres gardiens seraient intéressés à se procurer un tel bloqueur. Ma femme et moi avons donc décidé de le breveter, d’en raffiner le design et de tenter de le commercialiser, soit en offrant aux grands manufacturiers le droit de le fabriquer et de le vendre sous leur marque de commerce, soit en le fabriquant et le mettant en vente nous-mêmes, sous notre propre marque.

Le PaddleFlex répondait aux normes d’originalité, d’utilité et d’ingéniosité, tant au Canada qu’aux États-Unis, et on nous accorda le brevet canadien no. 2,231,846 et le brevet américain no. 6,085,352.

Par la suite, nous avons fait essayer plusieurs générations de prototypes à des gardiens de tous âges et calibres avec chaque fois le même résultat: les gardiens étaient étonnés et emballés par ce nouveau bloqueur, ils lui trouvaient d’importants avantages qu’aucun autre bloqueur ne pouvait offrir. et ils ne lui trouvaient aucun inconvénient en contrepartie.


Fred Chabot, substitut chez le Canadien, fait l’essai d’un prototype PaddleFlex de troisième génération.

En effet, le PaddleFlex, outre les avantages uniques qu’il procure, conserve toutes les meilleures caractéristiques des bloqueurs conventionnels. La grande différence est que le PaddleFlex, lui, ne nuit jamais à aucun mouvement du gardien.

“I go to the market, mon p’tit bloqueur sous mon bras…”

Nous avons offert les droits de fabrication du PaddleFlex à cinq des plus importants manufacturiers d’équipement de gardien et chacun a témoigné d’une bonne dose d’intérêt. L’un d’entre eux nous a même présenté une offre monétaire concrète. Celle-ci nous a semblé nettement insuffisante et nous n’avons jamais réussi à entamer de négociations sérieuses avec quiconque par la suite.

Était-ce manque de vision, stratégie “à la dure”, ou simplement la lourdeur administrative typique des grandes entreprises, nous ne le saurons peut-être jamais. Nous sommes donc rapidement passés au “plan B”, c’est-à-dire produire, promouvoir et distribuer nous-mêmes notre produit sous notre propre marque.

Nous avons d’abord présenté le PaddleFlex au Salon Mondial du Hockey de Montréal, en janvier 2000, et suscité des réactions très enthousiastes de la part de marchands et de distributeurs de partout dans le monde. Pour nous, c’était la confirmation que le moment était venu de lancer le PaddleFlex sur le marché.

Nous avons ensuite placé une publicité pleine-page dans le Guide d’achat London Source for Sports pour rejoindre le plus grand nombre de gardiens possible, ce qui nous a permis de vendre tous les exemplaires de la petite production initiale. Nous avons passé le reste de l’année à tester notre produit et à résoudre les derniers problèmes de production et d’approvisionnement.

Nous nous sommes maintenant monté un bon inventaire de bloqueurs droitiers et gauchers, dans les couleurs les plus populaires, et le lancement de ce site marque le coup d’envoi de notre premier véritable effort de mise en marché.



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